Chroniques d’une Âme sauvage citadine

Pour des raisons qui me sont personnelles, et que je n’étalerai pas ici, je suis citadine malgré moi. Pourtant, ce dont je rêve profondément, c’est de nature au quotidien, d’immersion totale, de silence végétal et de liberté sauvage.

Alors, je m’évade comme je peux. Grâce à mon chien, je pars vers des endroits un peu reculés, encore accessibles autour de la ville. Là-bas, je lui rends sa liberté. Je détache sa laisse et, instantanément, la joie revient en moi. Il court, il gratte la terre, il aboie au vent, il explore. Je le regarde évoluer, heureux, vivant, profondément lui-même... et c’est mon bonheur.

À travers lui, je me sens moi aussi vivante. Il est mon soleil, mon lien avec Dame Nature. Les animaux sont naturellement connectés au vivant, et lorsqu’on les côtoie avec le cœur ouvert, ils nous reconnectent à notre tour à quelque chose d’essentiel, de primitif, de vrai.

Quand on vit en ville et qu’on est un peu comme moi, alors il faut apprendre la résilience et la gratitude. Ce sont de précieuses alliées. Je ne suis pas désespérée ; je suis simplement moi, et je compose avec ce qui m’entoure. Je suis née créatrice, et chaque jour, je mets tout en œuvre pour vivre en harmonie avec ce que je suis profondément.

J’ai aussi la chance d’être médium depuis ma naissance. Mais je ne jouerai pas à Madame Irma, je ne tirerai pas les cartes pour les autres et je n’en ferai jamais un métier. Ma médiumnité est intime, silencieuse. Elle me sert à écouter mon âme, à m’ajuster à l’imprévu du quotidien, à percevoir les micro-moments qui composent la vie et à rester vivante malgré tous ces murs de béton qui m’entourent.

Depuis toute petite, je suis connectée aux minéraux. J’ai grandi dans la forêt de mes grands-parents, un véritable paradis. Là-bas, j’ai appris à reconnaître les plantes, à observer les saisons, à écouter le langage discret de la nature. Cette connexion à Dame Nature ne m’a jamais quittée. Le fait d’être citadine n’est pas une erreur : c’est simplement une autre manière de faire vivre ce qui vibre en moi. Mon âme sait. Et j’ai cette chance immense d’être reliée à elle.

Tout cela pour dire que même la ville est remplie de petites choses qui forcent le respect. Dame Nature essaie depuis toujours de nous montrer sa puissance, à condition de savoir observer.

Un oiseau survole un arbre, puis s’y pose. Et là, par chance, vous pouvez contempler sa beauté, écouter son chant et essayer de deviner le message qu’il entonne. Certes, je n’ai pas les sous-titres... mais mon cœur, lui, comprend, et mon âme le guide.

Puis votre regard se pose sur l’arbre lui-même. Vous observez son feuillage, ses branches, ses nuances de vert, et soudain vous apercevez un autre petit oiseau... puis un autre encore. Si vous prenez réellement le temps de regarder, d’admirer cet arbre et ses habitants, alors quelque chose s’ouvre en vous.

Des passants vous voient, tête levée vers le ciel. Ils s’interrogent. Certains cherchent ce que vous regardez sans rien voir. D’autres suivent votre regard jusqu’à la source et découvrent enfin la beauté de l’instant. Certains repartiront aussitôt, happés par leur quotidien. Mais d’autres s’arrêteront quelques secondes. Et à cet instant précis, sans un mot, vous leur offrez peut-être un espace intérieur où se reconnecter au présent.

Pendant quelques secondes, leurs problèmes disparaissent. Vous partagez ensemble un instant suspendu. Une attitude silencieuse, remplie de sens. Comme une graine qui germe immédiatement. Peut-être venez-vous de rappeler à quelqu’un l’importance de ces moments fugaces, mais tellement vitaux : ces instants de lâcher-prise, d’attention au vivant, de respect de ce qui nous entoure.

Et ce respect commence d’abord par soi. Car lorsque l’on se respecte réellement, alors le respect s’étend naturellement à l’autre. Mais “l’autre” n’est pas forcément humain. Cela peut être l’Animal, le Végétal, le Minéral, les Éléments... Dame Nature tout entière.

Savoir regarder avec amour chaque petite fleur qui s’offre à nous, c’est ouvrir son cœur aux couleurs, à l’harmonie, mais aussi à la force incroyable du vivant. Ces plantes poussent dans les fissures des murs, entre les trottoirs, sous un soleil brûlant, au milieu du béton, de la pollution et de l’indifférence humaine... et malgré tout, elles choisissent de vivre.

Elles ne s’éteignent pas sous les déchets, la poussière ou la crasse des rues. Elles s’adaptent. Elles persistent. Et pourtant, la main de l’homme les arrache souvent sans même réaliser qu’elle détruit un souffle de vie : un poumon qui capte le CO₂, une fleur qui nourrit les insectes pollinisateurs, un refuge pour le vivant.

J’aime profondément lorsque les espaces publics ne sont pas encore tondus ni coupés. Ils deviennent alors des jardins sauvages, offrant une multitude de variétés végétales qui poussent à leur rythme. Des fleurs minuscules, mais puissantes, éclatent de couleurs et de structures incroyables.

Alors, on peut observer les insectes qui se fondent dans le végétal, qui butinent, qui s’abreuvent à la rosée du matin. Il y a tant d’images gravées en moi que je n’ai même pas besoin de les photographier pour les conserver. Elles vivent dans mon cœur et dans ma mémoire. Je peux y revenir quand je le souhaite. Me souvenir. Comparer. Ressentir. Toucher délicatement... mais jamais cueillir.

Je respecte cela plus que tout. Car cueillir, c’est interrompre une vie. Et moi, je veux la voir évoluer. Revenir quelques jours plus tard et découvrir jusqu’où elle a poussé, combien de fleurs elle offre désormais au regard du monde.

Un cours d’eau est tout aussi magique. Observer les rats se faufiler entre les lauriers, les ragondins sortir avec leurs petits, les canes guider leurs adorables canetons... Tout cela raconte la Vie. Même lorsque la loi du plus fort s’impose et qu’un goéland arrache un petit à sa mère, la cane rugit à sa manière, protège le reste de sa portée et exprime son désespoir.

Cette scène nous rappelle que, peu importe où nous sommes, la Vie est là. Ses lois ne sont pas celles des hommes, mais celles de Dame Nature. Elle nous enseigne que nous ne sommes rien de plus qu’un souffle de vie parmi les autres, et que nous devons chérir chaque instant, les transformer en moments de joie, de partage, de respect, de résilience et de gratitude.

Observer les oiseaux, les plantes, les animaux à chaque coin de rue, dans un pot de fleurs, sur un balcon ou une terrasse... Chercher encore et encore ces petits trésors disséminés à travers la ville. Pour moi, c’est une véritable chasse au trésor.

À chaque fois, je dépose une intention silencieuse : que ces espaces fragiles soient protégés de l’intervention humaine, trop souvent habituée à détruire, gaspiller ou polluer, plutôt qu’à reprendre humblement sa place dans la chaîne naturelle du vivant.

L’être humain ne sera jamais maître de sa propre vie tant qu’il refusera de comprendre qu’il fait partie d’un tout. Dame Nature lui a pourtant laissé une place magnifique. Mais elle lui rappelle constamment ses lois à travers les bouleversements climatiques, les tsunamis, les éruptions volcaniques, les inondations, les tempêtes, les éboulements ou les sécheresses.

Comme une mère immense, elle semble murmurer :

« Je t’aime encore, mais la leçon doit continuer tant que tu n’auras pas compris que ta place est parmi tout le vivant, et non au-dessus de lui. Tu ne maîtrises rien. Je suis le cycle, le commencement et la fin. Je détruis ce qui n’est plus en harmonie avec moi, puis je renais sans cesse de mes cendres. J’étais là avant toi, je serai là après toi. »

Et toi, humain de passage dans cette vie...
Que décides-tu, dès maintenant ?
Choisis.

Merlinite

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