Mabon : Lorsque la lumière apprend à laisser partir

Il existe un instant, entre deux souffles, où le monde semble suspendre son mouvement.

La lumière et l’obscurité se tiennent face à face. Ni l’une ni l’autre ne domine, elles sont égales.

C’est cet instant précieux que nous offre Mabon.

Mabon est le temps de l’Équinoxe d’automne, lorsque le jour et la nuit se rencontrent dans un équilibre parfait avant que les ténèbres ne commencent doucement à gagner du terrain. La lumière n’est pas encore partie, mais elle sait déjà qu’elle va décroître. Les arbres ne sont pas encore nus, mais leurs feuilles portent déjà la promesse du départ. Les fruits sont arrivés à maturité, les récoltes ont été recueillies et la Terre nous rappelle une vérité aussi ancienne que le monde :

Tout ce qui arrive à maturité est appelé, un jour, à être laissé.

Et pourtant, il n’y a aucune tristesse dans cette loi. Il y a la beauté du cycle. Il y a la sagesse du vivant. Il y a Mabon.

L’équilibre avant le grand retournement

À Mabon, la Nature nous enseigne l’équilibre sans avoir besoin de prononcer un seul mot.

Le jour égale la nuit. La lumière rencontre l’ombre. Le visible côtoie l’invisible.

La vie extérieure commence doucement à ralentir tandis qu’une autre vie se prépare dans les profondeurs.

Nous avons souvent appris à considérer l’équilibre comme un état immobile, quelque chose que nous devons atteindre et conserver.

Mais la Nature nous montre autre chose, l’équilibre n’est pas l’immobilité. Il est un mouvement parfaitement accordé, la Terre tourne, les saisons avancent. La lumière augmente puis diminue. Les feuilles apparaissent, verdissent, rougissent, tombent et retournent à la Terre, rien ne reste figé.

Et c’est peut-être cela, le véritable enseignement de Mabon : être en équilibre ne signifie pas que rien ne change. Cela signifie que nous apprenons à changer avec le mouvement du monde.

 

La saison des récoltes

Mabon est souvent associé à la récolte. Les fruits ont mûri sous le Soleil. Les graines ont grandi dans la Terre. Les fleurs ont offert leurs couleurs. Les champs ont donné ce qu’ils avaient à donner. La Nature arrive à un moment où elle rassemble, recueille et conserve. Elle ne produit plus pour produire, elle récolte.

Et nous pouvons nous aussi entrer dans ce mouvement.

Que reste-t-il de tout ce que nous avons semé depuis le début de l’année ? Quelles graines avons-nous déposées dans notre existence ? Quels rêves avons-nous nourris ? Quelles rencontres avons-nous laissées entrer dans notre vie ? Quels projets ont grandi ? Quelles blessures ont commencé à cicatriser ? Qu'avons-nous appris ? Qu'avons-nous compris ?

Et surtout... qu'est-ce qui est aujourd'hui arrivé à maturité en nous ?

Car il existe des récoltes que personne ne peut voir. Une prise de conscience, une confiance retrouvée, une peur dépassée, une porte enfin refermée, une autre qui commence à s'entrouvrir.

Un morceau de nous que nous avons enfin accepté d'aimer. Tout cela aussi est une récolte.

 

La pomme, fruit de connaissance et de passage

À Mabon, les fruits prennent une dimension presque magique. Ils sont l'image parfaite de ce qui a été nourri par le temps. Une petite graine devient un arbre, l'arbre fleurit, la fleur devient fruit, le fruit mûrit. Puis vient le moment où il se détache.

Quelle merveilleuse leçon se cache dans ce simple mouvement. Le fruit ne tombe pas parce qu'il a échoué. Il tombe parce qu'il est arrivé au terme de son chemin. Il a accompli ce qu'il devait accomplir. Et lorsqu'il retourne à la Terre, il ne cesse pas véritablement d'exister, il nourrit, il transforme, il retourne au cycle. Il porte parfois en lui une nouvelle graine.

Ainsi va toute chose. Ce que nous appelons une fin est parfois simplement le commencement d'une autre transformation.

 

Mabon et l'art sacré de remercier

Nous vivons dans un monde qui nous apprend facilement à regarder ce qui manque. Pas assez, encore, davantage, plus vite, plus loin.

Mabon nous invite à faire exactement l'inverse. À nous arrêter, à regarder ce qui est là, à contempler les fruits déjà présents dans notre vie.

La gratitude n'est pas une obligation de sourire à tout. Elle n'est pas le refus de voir les difficultés. Elle est une manière différente de regarder.

Même au milieu des épreuves, quelque chose a peut-être grandi. Même après une période difficile, quelque chose en nous s'est peut-être renforcé. Même lorsqu'une porte s'est fermée, elle nous a peut-être révélé un chemin que nous ne regardions pas.

Remercier ne signifie pas dire que tout était parfait. Cela signifie reconnaître ce que le voyage nous a offert.

Et peut-être murmurer à la Terre : « Je vois ce que tu m'as donné. »

 

Le moment de déposer

Mais Mabon ne parle pas uniquement de récolter, cela parle aussi de déposer. Car pour entrer dans l'automne, les arbres doivent laisser partir leurs feuilles. Ils ne s'accrochent pas à ce qui a été vert. Ils ne tentent pas de retenir l'été, ils savent. Ils savent que la feuille a eu son heure, qu'elle a capté la lumière, qu'elle a participé à la vie de l'arbre, et qu'elle peut maintenant partir.

Nous avons parfois beaucoup plus de difficultés que les arbres à comprendre cela. Nous nous accrochons aux souvenirs, aux anciennes versions de nous-mêmes, aux relations qui ont terminé leur cycle. Aux blessures que nous avons fini par considérer comme faisant partie de notre identité. Aux rêves qui ne nous ressemblent plus.

Nous confondons parfois fidélité et attachement. Pourtant, certaines choses ne nous demandent pas de rester. Elles nous demandent de remercier, puis de laisser partir.

Mabon est aussi le temps où nous pouvons déposer ce que nous ne sommes plus capables de porter.

 

L'ombre n'est pas l'ennemie de la lumière

Après Mabon, les nuits vont progressivement prendre davantage de place. Pourtant, l'obscurité n'est pas l'ennemie de la lumière, elle est son autre visage.

La Nature ne nous demande jamais de choisir entre les deux, elle les fait danser ensemble.

La lumière révèle. L'ombre révèle autrement.

La lumière nous montre ce qui fleurit. L'ombre nous montre ce qui dort.

La lumière nous ouvre au monde. L'ombre nous ramène vers l'intérieur.

Et peut-être avons-nous, nous aussi, besoin de ces deux espaces. Nous avons besoin de moments où nous rayonnons, créons, rencontrons, partageons.

Mais nous avons également besoin de ces périodes où nous nous retirons un peu du bruit du monde afin d'entendre ce qui murmure à l'intérieur de nous.

L'automne est cette porte, Mabon en est le seuil.

 

Lorsque la Nature commence à parler plus bas

Écoutez. Pas avec vos oreilles seulement. Écoutez avec ce que vous êtes. Le vent devient différent. L'air porte une fraîcheur nouvelle. Les feuilles commencent à changer de couleur. La lumière du soir se fait plus dorée. Les odeurs de la Terre deviennent plus profondes. Les animaux modifient leurs rythmes.

La Nature ne disparaît pas, elle change de voix.

Après l'abondance de l'été vient une parole plus silencieuse. Une parole qui ne cherche plus à attirer le regard. Elle se glisse sous les feuilles, dans les racines, dans les champignons qui travaillent dans l'obscurité, dans les graines qui attendent leur heure, dans le silence des arbres.

Mabon nous invite à entendre cette langue ancienne. Celle qui n'a jamais eu besoin de mots.

 

Les Esprits de la Nature et le passage de Mabon

Et peut-être qu'en cette période de transition, lorsque les frontières entre le visible et l'invisible semblent devenir plus fines pour celui qui sait observer, pouvons-nous aussi porter notre attention vers les Esprits de la Nature.

Ils sont là dans les lieux où la vie œuvre sans chercher à être regardée. Dans les forêts, au bord des rivières, dans les pierres, dans les mousses, dans les arbres anciens, dans les endroits où la Nature conserve encore quelque chose de son mystère.

Mabon nous rappelle que nous ne sommes pas séparés du vivant.

Nous appartenons à un monde qui respire, se transforme, meurt symboliquement et renaît sans cesse.

L'arbre ne demande pas à la feuille de rester éternellement. La rivière ne cherche pas à retenir son eau. Le fruit ne refuse pas sa maturité. La graine ne réclame pas de devenir immédiatement un arbre.

Tout connaît son temps. Tout connaît son passage.

Et les Esprits de la Nature nous enseignent cette sagesse simplement en étant.

 

Mabon, miroir de notre propre existence

Il y a peut-être une raison pour laquelle Mabon nous touche autant, parce que cela nous ressemble.

Nous aussi, nous connaissons des printemps, des étés, des récoltes, des automnes, des hivers. Nous aussi, nous changeons de peau. Nous aussi, certaines parties de nous doivent tomber afin que d'autres puissent apparaître.

Il existe des versions de nous que nous avons aimées et qui pourtant ne peuvent plus nous accompagner.

Et ce n'est pas un échec, c'est le mouvement naturel de l'existence.

Vous n'êtes pas obligé de rester celui ou celle que vous étiez hier pour honorer la personne que vous avez été. Vous pouvez remercier cette ancienne version de vous, elle vous a conduit jusqu'ici.

Puis vous pouvez lui permettre de partir, comme une feuille portée par le vent.

 

Un petit rituel de Mabon

Si le cœur vous en dit, vous pouvez créer votre propre rituel de Mabon. Pas besoin de grand-chose, une bougie, quelques feuilles. Une pomme, une poire, une noix, une châtaigne ou tout autre fruit de saison. Une pierre qui vous accompagne.

Et surtout, un peu de silence.

Installez-vous dans un endroit où vous vous sentez bien. Allumez votre bougie, prenez quelques instants pour observer votre respiration. Puis regardez autour de vous.

Remerciez intérieurement la Terre pour ce qu'elle vous a offert depuis le début de l'année. Vous pouvez ensuite prendre votre fruit entre vos mains et penser à tout ce qui a mûri dans votre vie. Une expérience, un projet, une relation, une compréhension, une partie de vous.

Puis demandez-vous simplement : Qu'est-ce que je souhaite récolter ?

Qu'est-ce que je souhaite remercier ?

Et qu'est-ce que je suis maintenant prêt(e) à laisser partir ?

Ne cherchez pas immédiatement une réponse, laissez-la venir. Parfois, l'âme répond dans le silence.

Vous pouvez ensuite écrire ce que vous souhaitez laisser derrière vous sur un morceau de papier. Non pas pour effacer votre histoire, mais pour reconnaître que son rôle est terminé.

Pliez le papier, gardez-le quelques instants entre vos mains. Puis, lorsque vous vous sentez prêt(e), déposez-le symboliquement dans la Terre, dans un pot ou au pied d'un arbre, sans rien y laisser qui puisse polluer le milieu naturel.

Et avant d'éteindre votre bougie, remerciez simplement, sans formule compliquée, avec vos propres mots, avec votre cœur.

Car la sincérité d'une intention vaut toujours davantage qu'un rituel parfaitement exécuté.

 

La magie des saisons ne se trouve pas seulement dehors

Nous cherchons parfois la magie dans les étoiles, les pierres, les cartes, les plantes, les symboles et les rituels. Mais la plus ancienne des magies est peut-être beaucoup plus simple. Elle est sous nos pieds, elle est dans une graine. Dans le passage d'une saison à une autre, dans le retour du Soleil. Dans la disparition progressive de sa lumière. Dans une feuille qui tombe exactement au moment où elle doit tomber.

La Nature ne nous demande jamais de comprendre tous ses mystères, elle nous invite simplement à les regarder, à les ressentir. À nous souvenir que nous faisons partie du même grand mouvement.

 

Et si Mabon vous demandait simplement de ralentir ?

Peut-être que cette fête n'est pas seulement celle de la récolte. Peut-être est-elle aussi celle du consentement au changement. Consentir à ce que certaines choses se terminent. Consentir à ne pas tout retenir. Consentir à laisser l'ancien nourrir le nouveau. Consentir à entrer doucement dans une période plus intérieure.

Car lorsque les arbres commenceront à se dépouiller, ils ne seront pas moins beaux. Ils seront simplement beaux autrement.

Et lorsque la lumière diminuera, elle ne disparaîtra pas. Elle nous apprendra simplement à regarder différemment.

Alors, lorsque vous verrez une feuille tomber cet automne, ne pensez pas seulement à ce qu'elle quitte. Pensez à ce qu'elle va nourrir, elle retournera à la Terre, elle deviendra matière, elle participera à nouveau au grand cycle.

Et peut-être qu'un jour, quelque part, une nouvelle pousse naîtra de cette ancienne disparition.

 

Rien ne se perd vraiment dans la grande mémoire du vivant.

Tout circule, tout se transforme, tout retourne à la Source. Mabon est là pour nous le rappeler. En nous prennant doucement par la main au moment où l'été s'efface. En nous invitant à regarder derrière nous sans regret. À regarder autour de nous avec gratitude. Et à regarder devant nous sans peur.

Car même lorsque les feuilles tombent... la vie continue de travailler sous la Terre.

Les racines demeurent, les graines attendent, les rêves se préparent dans le silence.

Et quelque part, déjà, dans l'obscurité que nous pourrions croire vide... le prochain printemps existe.

Alors accueillez Mabon, récoltez ce qui doit l'être. Remerciez ce qui vous a fait grandir. Déposez ce qui n'a plus besoin de vous accompagner.

Et laissez l'automne vous enseigner cette merveilleuse vérité : la beauté ne réside pas seulement dans ce qui fleurit.

Elle réside aussi dans ce qui accepte de tomber.

Car parfois, laisser partir une feuille... c'est simplement permettre à l'arbre de continuer à vivre.

Joyeux Mabon, mes Belles Lumières.

Que cette saison vous apporte la douceur de la gratitude, la sagesse du lâcher-prise et la lumière nécessaire pour reconnaître tout ce qui, en silence, est déjà en train de renaître en vous.

Merlinite

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.