Le Bon Temps : réapprendre à vivre au rythme du ciel et de la Terre

Et si le véritable décalage n’était pas intérieur... mais horaire ?

Nous vivons à l’heure mondiale, européenne, numérique. Une heure artificielle, standardisée, qui découpe le temps sans écouter la lumière. Pourtant, le corps, lui, n’a jamais signé ce contrat.

Il continue de se régler sur le soleil, sur l’ombre qui s’allonge, sur l’aube qui arrive plus tôt ou plus tard selon la saison.

Peut-être que notre fatigue, notre tension diffuse, notre impression de courir sans jamais arriver... ne viennent pas de nous.

Peut-être viennent-elles simplement du fait que nous ne vivons plus dans le bon temps.

Se caler sur l’heure solaire, ce n’est pas revenir en arrière.
C’est revenir dedans.

C’est accepter que midi ne soit pas une convention, mais l’instant où le soleil est au plus haut. Que le matin commence quand la lumière naît réellement, et que le repos s’invite quand le ciel s’assombrit.

Le rythme moderne nous demande d’être constants dans un monde qui ne l’est pas. Les saisons, elles, ne mentent pas.
L’hiver appelle le ralentissement, l’introspection, la conservation de l’énergie.
L’été invite à l’expansion, à la présence, à l’élan.
La lune, fidèle gardienne du temps vivant, ajuste subtilement ces mouvements, amplifiant tantôt l’intention, tantôt le lâcher-prise.

Vivre avec le soleil et la lune, c’est désobéir doucement.
C’est refuser de forcer quand la nature murmure « attends ».
C’est comprendre que la fatigue n’est pas un défaut, mais un signal de désalignement.

L’heure solaire n’est pas qu’une question de minutes : c’est une posture.
Elle nous replace dans un temps circulaire, organique, où chaque phase a une fonction.
Là où l’horloge impose, le ciel propose.

Il fut un temps où les saisons avaient une voix claire. L’hiver savait être l’hiver, l’été prenait le temps d’être l’été. Le vivant reconnaissait les signaux, et l’humain savait instinctivement quand semer, quand attendre, quand se retirer.

Aujourd’hui, la nature parle encore... mais son langage se trouble.
Les saisons se chevauchent, hésitent, s’exagèrent ou s’effacent.
Ce n’est pas la Terre qui s’égare : c’est le rythme qu’on lui impose.

La nature n’est pas déréglée par erreur. Elle est dérangée.
Par la vitesse, par l’extraction, par l’oubli du sacré.
Et dans ce désordre apparent, elle nous tend un miroir brut :
regardez ce que vous avez fait du temps.

Car comment se caler sur le soleil quand nos vies ignorent la lumière ?
Comment écouter la lune quand nos nuits sont saturées d’écrans ?
Comment honorer les saisons quand nous exigeons la même productivité en janvier qu’en juillet ?

Notre malaise face aux saisons instables n’est peut-être pas seulement écologique.
Il est intérieur.
Nous ne savons plus quand ralentir, quand laisser mourir, quand recommencer.
Nous vivons hors-sol, hors-cycle, hors-temps.

Revenir au rythme du soleil et de la lune n’est plus une simple quête d’harmonie.
C’est un chemin de réparation.
Un apprentissage humble, fragile, où l’on accepte de ne plus tout comprendre, mais de ressentir à nouveau.

Retrouver le temps réel, ce n’est pas revenir à un passé idéalisé.
C’est retisser le lien avec ce qui bat encore, malgré tout.
Écouter la Terre quand elle tremble, parce qu’elle nous ressemble !

Et si la réponse n’était pas de tout changer, mais de commencer à écouter ?

Écouter la lumière du matin avant d’allumer l’écran.
Écouter la fatigue sans la juger.
Écouter les saisons, même quand elles vacillent, comme on écoute un être cher en difficulté.

Revenir au rythme du soleil et de la lune n’est pas une injonction de plus.
C’est une responsabilité douce.
Une présence retrouvée.
Un choix intime, presque invisible, mais profondément réparateur.

Un simple mantra peut suffire :
« Je choisis de marcher au rythme du ciel, même quand le monde court plus vite. »

Observer le soleil une fois par jour. Non pour mesurer l’heure, mais pour ressentir sa position, sa chaleur, sa présence. Se demander : qu’est-ce que ce moment m’invite à faire... ou à ne pas faire ?

Le soir, lever les yeux vers la lune. Quelle phase traverse-t-elle ? Expansion, retrait, vide, plénitude. Puis se poser la question, sans réponse immédiate : et moi, où en suis-je dans mon cycle ?

Accepter qu’il y ait des jours pour faire...
Et d’autres pour être.

Aucun rituel parfait.
Aucune obligation.
Juste une écoute retrouvée.

🌑 Mini-rituel lunaire

À chaque nouvelle lune ou pleine lune :

  • couper les écrans quelques minutes,
  • respirer profondément,
  • poser une intention ou un relâchement en lien avec la phase.

Puis laisser faire.
La nature sait.
Le corps se souvient.

🌞 Ancrage solaire quotidien

Chaque matin (ou quand la lumière apparaît réellement), ouvrir une fenêtre, sortir quelques instants si possible, et murmurer intérieurement :
« J’honore le rythme de ce jour. »
Même si le reste ne suit pas.

Peut-être que le monde ne se réajustera pas d’un coup.

Mais chaque humain qui ralentit quand la Terre appelle au repos,
chaque corps qui accepte de ne plus forcer hors cycle,
retisse, à sa manière, le fil du temps réel.

Alors la question n’est peut-être pas :
comment sauver la Terre ?

Mais plutôt :
à quel rythme choisissez-vous de vivre, aujourd’hui ?

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